En réponse à la massification de la production de textes et d’images liée à l’essor des plateformes de réseaux sociaux en ligne, de plus en plus d’artistes empruntent, citent et réinventent dans leurs œuvres des Contenus Générés par les Utilisateurs (CGU).

L’essor de ces pratiques d’appropriation et de détournement semble signaler la généralisation de l’attitude incarnée par l’artiste Douglas Huebler, qui déclarait dès 1969: « Le monde est rempli d’objets, plus ou moins intéressants; je n’ai pas envie d’en ajouter davantage ».

Aujourd’hui, les artistes s’approprient des textes et des images issus d’Internet. Considérées dans leur ensemble, ces œuvres nous questionnent sur le devenir des CGU, au statut encore largement indéterminé, à la fois documents et créations à part entière.

Elles nous invitent également à interroger les dispositifs d’éditorialisation des réseaux sociaux eux-mêmes, dont les artistes reproduisent, moquent ou subvertissent les mécanismes.

 

Le terme de « recyclage » semble en effet identifier les CGU à des détritus numériques, que la créativité de l’artiste élèverait au rang d’art en leur ajoutant du crédit symbolique et culturel.

À l’inverse, la notion humaniste d’ « écologie » invite à envisager le réemploi comme un changement d’environnement, dotant l’objet approprié de fonctionnalités et de significations nouvelles alors qu’il était condamné à l’oubli par l’hyperproduction numérique contemporaine.

Penser ces pratiques artistiques à l’aune d’une écologie des médias permet d’en considérer les productions comme des objets privilégiés pour l’étude de l’écosystème médiatique, social et politique des réseaux sociaux.

C’est à l’aune de ces questions, et dans un esprit interdisciplinaire mêlant la pratique artistique et la réflexion théorique, que le projet de recherche «Après les réseaux sociaux» se développe.

Gala Hernández

Gala Hernández est réalisatrice et doctorante contractuelle à l’Université Paris 8 sous la direction de Cécile Sorin (ESTCA, EDESTA), en co-direction avec Sergi Sánchez de l’Université Pompeu Fabra. Diplômée en réalisation par l’École Supérieure de Cinéma et Audiovisuel de Catalogne à Barcelone, du Master en Études de Cinéma et Audiovisuel Contemporains (Pompeu Fabra) et de l’International Master in Audiovisual and Cinema Studies (IMACS) aux Universités Paris 3 et Paris 10, actuellement elle réalise une thèse de recherche-création intitulée « Desktop films: le remploi de la vidéo vernaculaire à l’ère post-Internet ». Elle prépare dans ce cadre un film sur les vidéos amateurs d’observation d’OVNIs. Elle enseigne également le cinéma à l’Université Paris 8.

Allan Deneuville

Diplômé d’une licence de philosophie de l’Université Panthéon-Sorbonne (Paris I), de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris et du master de création littéraire de l’Université Vincennes–Saint-Denis (Paris VIII), Allan Deneuville est aujourd’hui doctorant contractuel en co-tutelle entre l’Ecole Universitaire de Recherche ArTeC sous la direction de Yves Citton, et l’Université du Québec A Montréal (UQAM) sous la direction de Bertrand Gervais. Sa thèse de doctorat porte, à travers la figure du « copier-coller », sur l’appropriation et la circulation des textes sur et à partir des réseaux sociaux.

Chloé Galibert-Laîné

Chloé Galibert-Laîné est réalisatrice et chercheuse. Formée en études cinématographiques (ENS Paris) et en sociologie (EHESS), elle prépare actuellement un doctorat de recherche-création au sein du programme SACRe sous la direction de Dork Zabunyan (ESTCA/Paris 8), et enseigne les études cinématographiques à l’Université Paris 8. Son travail explore les rencontres possibles entre cinéma et nouveaux médias, avec un intérêt particulier pour l’étude des expériences spectatorielles, des gestes d’appropriation artistique, et des questions liées à la mémoire des médias. Ses films et vidéo essais sont régulièrement présentés et primés en festivals internationaux (Rotterdam International Film Festival, Ars Electronica Festival, London Essay Film Festival, Premiers plans d’Angers, IMPAKT Festival..).

L’équipe du projet de recherche « Après les réseaux sociaux » voudrait remercier: