Qu’il s’agisse de nous informer, de travailler, de communiquer avec nos proches, de prendre soin de nos corps ou de nos affects, les media audiovisuels sont désormais omniprésents dans chaque aspect de nos vies, façonnant et produisant nos identités dans la même mesure que nous les produisons. A une époque où les images ne sont plus tant caractérisées par leur reproductibilité technique que par leur « appropriabilité numérique » (Gunthert, 2011), il est plus urgent que jamais de « construire avec elles [des] relation[s] nouvelle[s] » (Hansen 2014: 37). Des relations critiques et réflexives, élaborées au gré d’une réflexion patiente, qui nous permettent de naviguer ces nouveaux environnements médiatiques sans nous laisser submerger par le sentiment de circuler en permanence dans un « supermarché du visible » (Szendy, 2017).

 

Cette réflexion, nous proposons de la mener à partir de l’étude d’objets artistiques qui nous éclairent sur les idéologies, les discours, les imaginaires et les formes de gouvernementalité qui nous traversent quotidiennement dans le contexte de nos « médiarchies » contemporaines (Citton, 2017). En effet, en réponse à la massification de la production de textes et d’images, liée notamment au web participatif et à l’essor des réseaux sociaux en ligne, de plus en plus d’artistes empruntent, citent et réinventent dans leurs œuvres des Contenus Générés par les Utilisateurs (CGU). L’essor de ces pratiques d’appropriation et de détournement semble confirmer le constat du philosophe italien Giorgio Agamben, qui écrivait en 1995 à propos des films de Guy Debord: «There’s no need to shoot film anymore, just to repeat and stop» (Agamben, 1995).

 

Recyclage ou geste écologique ? Le terme de « recyclage » semble identifier les CGU à des détritus numériques que la créativité de l’artiste élèverait au rang d’art en leur ajoutant du crédit symbolique et culturel. À l’inverse, la notion plus humaniste d’ « écologie » invite à envisager le réemploi comme un changement d’environnement, dotant l’objet approprié de fonctionnalités et de significations nouvelles alors qu’il était condamné à l’oubli par l’hyperproduction numérique contemporaine. Penser donc ces pratiques artistiques à l’aune d’une écologie des media permet d’en considérer les productions comme des objets privilégiés pour l’étude de l’écosystème médiatique, social et politique des réseaux socionumériques. Considérées dans leur ensemble, ces œuvres nous questionnent sur le devenir des CGU, au statut encore largement indéterminé, à la fois documents et créations à part entière. Elles nous invitent également à interroger les dispositifs d’éditorialisation des réseaux sociaux eux-mêmes, dont les artistes reproduisent, moquent ou subvertissent les mécanismes.

 

C’est autour de ces questions, et dans un esprit interdisciplinaire mêlant la pratique artistique et la réflexion théorique, que le projet de recherche Après les réseaux sociaux se développe. Le projet a pour objet et méthode la recherche-création en arts. Ses principales modalités d’action sont l’organisation d’évènements scientifiques et artistiques, la mise en place d’une base de données d’œuvres artistiques participative et en libre accès en ligne, et la publication en ligne de textes, vidéos, entretiens et autres ressources scientifiques également en accès libre.

Gala Hernández

Gala Hernández est réalisatrice et doctorante contractuelle à l’Université Paris 8 sous la direction de Cécile Sorin (ESTCA, EDESTA), en co-direction avec Sergi Sánchez de l’Université Pompeu Fabra. Diplômée en réalisation par l’École Supérieure de Cinéma et Audiovisuel de Catalogne à Barcelone, du Master en Études de Cinéma et Audiovisuel Contemporains (Pompeu Fabra) et de l’International Master in Audiovisual and Cinema Studies (IMACS) aux Universités Paris 3 et Paris 10, actuellement elle réalise une thèse de recherche-création sur le remploi de la vidéo vernaculaire à l’ère post-Internet. Elle prépare dans ce cadre un film sur les vidéos amateurs d’observation d’OVNIs. Elle enseigne également le cinéma à l’Université Paris 8. Elle a fait des communications lors de colloques et journées d’études à Goldsmiths (University of London), University of British Columbia (Vancouver), Silent Green Kulturquartier (Berlin), Université de Chicago à Paris et l’Université de Copenhague. Elle est l’éditrice du prochain numéro de la revue de media et communication Contratexto, éditée par l’Université de Lima. Elle a publié des vidéo-essais dans les revues Cinema Comparat/ive Cinema et Transit: cine y otros desvíos.

Allan Deneuville

Diplômé d’une licence de philosophie de l’Université Panthéon-Sorbonne (Paris I), de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris et du master de création littéraire de l’Université Vincennes–Saint-Denis (Paris VIII), Allan Deneuville est aujourd’hui doctorant contractuel en co-tutelle entre l’Ecole Universitaire de Recherche ArTeC sous la direction de Yves Citton, et l’Université du Québec A Montréal (UQAM) sous la direction de Bertrand Gervais. Sa thèse de doctorat porte, à travers la figure du « copier-coller », sur l’appropriation et la circulation des textes sur et à partir des réseaux sociaux.

Chloé Galibert-Laîné

Chloé Galibert-Laîné est réalisatrice et chercheuse. Formée en études cinématographiques (ENS Paris) et en sociologie (EHESS), elle prépare actuellement un doctorat de recherche-création au sein du programme SACRe sous la direction de Dork Zabunyan (ESTCA/Paris 8), et enseigne les études cinématographiques à l’Université Paris 8. Son travail explore les rencontres possibles entre cinéma et nouveaux médias, avec un intérêt particulier pour l’étude des expériences spectatorielles, des gestes d’appropriation artistique, et des questions liées à la mémoire des médias. Ses films et vidéo essais sont régulièrement présentés et primés en festivals internationaux (Rotterdam International Film Festival, Ars Electronica Festival, London Essay Film Festival, Premiers plans d’Angers, IMPAKT Festival..).

L’équipe du projet de recherche « Après les réseaux sociaux » voudrait remercier: